samedi 25 juin 2011

Un pour tous, tous pour un

Finalement, ce sera une vraie note plutôt qu'une réponse dans les commentaires à la question d'hier, parce que c'est un peu long à expliquer. La question était "Pourquoi fait-on des économies d'énergie sur l'air conditionné, mais pas sur des trucs un peu futiles dont on pourrait au contraire se passer ?" (comme par exemple les lunettes de WC chauffantes, qui comme le demandait Delfine, fonctionnent toujours. Etre obligé de s'asseoir sur des toilettes trop froides, non merci).

La seule véritable raison, c'est le gambarô 頑張ろう. Le verbe gambaru 頑張る dont est tiré l'expression en question est assez difficile à traduire et recoupe des notions qui tournent globalement autour de "persévérer, insister, faire de son mieux". C'est un verbe employé à tout bout de champ au Japon chaque fois que quelqu'un doit produire un effort quelconque (pour supporter des enfants qui jouent au baseball, pour encourager un lycéen avant son contrôle de chimie, etc.), sous-entendant chaque fois que seul l'acharnement permettra d'atteindre le but recherché. La forme gambarô signifie quant à elle une sorte d'encouragement collectif, du genre "tous ensemble, persévérons", par exemple si un entraîneur veut chauffer son équipe avant un match.
Dans le cas de l'après-tremblement de terre du 11 mars, gambarô est utilisé à toutes les sauces pour encourager les régions sinistrées à retrouver leur splendeur d'antan. On peut faire beaucoup de choses pour participer soi-même à cet effort collectif qui nous ait lancé, comme par exemple aller au rayon "Gambarô Ibaraki !" (がんばろう茨城 !) du supermarché et acheter des légumes du coin. Maintenant il y a aussi un rayon équivalent pour Fukushima, avec que des légumes qui viennent de là-bas et du poisson pêché dans le Pacifique aux larges des côtes de Fukushima.

Vu de l'étranger, ça peut paraître assez étonnant mais les gens achètent ces légumes, et beaucoup n'achètent d'ailleurs que ça pour participer eux aussi à l'effort national. Et comme le gouvernement encourage à le faire, puisque tout le monde sait qu'il n'y a pas de danger de contamination nucléaire, les gens ne veulent pas passer pour des anti-patriotes qui n'aident même pas les pauvres agriculteurs qui en ont bien besoin.
Des campagnes de communication gouvernementales fleurissent sur les panneaux d'affichage et dans les trains (comme sur la photo en haut), indiquant que pour aider les régions sinistrées, il ne faut pas écouter les rumeurs et continuer à acheter des légumes qui viennent de la région du Tohoku, d'y aller en week-end, de ne pas acheter plus d'une bouteille d'eau minérale par personne, de ne pas sombrer dans la morosité en allant plutôt au onsen (bains d'eau chaude), en allant boire avec des amis ou en faisant les soldes, et pour économiser l'électricité, de changer tous ses appareils contre des équipements plus "éco" et d'utiliser des éventails (toujours eux) plutôt que la clim'.

J'en reviens donc à cette question de clim'. Si on interdit l'air conditionné au bureau, c'est tout simplement pour montrer qu'on gambarô nous aussi. Si on débranche juste la photocopieuse, qu'on coupe des lumières ou les ascenseurs, même si on réduit autant la consommation que si on coupait la clim', on n'aura fait que la moitié du boulot. C'est-à-dire qu'on aura participé nous aussi à l'effort demandé, mais il manquera la seconde moitié, peut-être la plus importante : celle qui montre notre acharnement, nos efforts déployés, de préférence dans la douleur. Parce qu'avoir à monter des escaliers et à marcher dans des couloirs plus sombres que d'habitude, ce n'est pas vraiment très difficile. Alors que, par contre, devoir travailler dans des bureaux surchauffés où tout le monde sue à grosses gouttes, d'essayer d'avoir un peu d'air frais avec son éventail et se plaindre de la chaleur toute la journée, ça c'est vraiment l'esprit du gambarô. Il faut montrer qu'on souffre. Ca a un petit côté flagellation et pénitence chrétiennes.
Dans tous les cas, tout le monde dans le pays, chacun à sa manière, gambarô. Même les mascottes des trains qui sont sur le pied de guerre pour emmener les passagers dans les zones sinistrées.

8 commentaires:

  1. J'avais entendu que les japonais avaient dû jeter dans la mer l'eau contaminée de la centrale de Fukushima parce qu'ils n'avaient pas le choix dans l'urgence,
    Véronique

    RépondreSupprimer
  2. Moi j'aimerai bien gambarô aussi en venant visiter le Japon...

    Au fait, tu achètes vraiment des trucs en provenance de Fukushima? Parce que là c'est plus gambarô mais kamikaze.

    RépondreSupprimer
  3. Hé hé , ce sont les mascottes des préfectures du Japon, to omoimasu. La mascottes verte avec les feuilles sur la tête c'est la mascotte de Kagoshima.
    Tohoku he iko ! Aomori he iko !

    Pour moi ça montre que les japonais ne comprennent toujours pas ce qui arrivent réellement et tentent de suivre des consignes et de "faire mieux" que ce qu'on leur a demandé.

    RépondreSupprimer
  4. @Seth : Oh, oh, je n'ai jamais dit que j'achetais des légumes de Fukushima. Ce n'est pas parce que tout le monde en achète que je fais la même chose. Au contraire, je ne mange que des trucs cultivés le plus loin possible, de préférence à l'étranger et je ne mange plus de produits transformés dont j'ignore la provenance. Ce qui limite tout de suite le choix dans les supermarchés. Parce que bon, du poisson pêché à 30 km de la centrale, j'ai moyennement confiance, surtout que je n'ai pas l'impression qu'on contrôle beaucoup de produits vendus ici.

    @aAlex : Oui, ce sont les mascottes des préfectures (je reconnais l'espèce de grosse aubergine d'Aomori). Comme les trains n'ont pas tous de mascottes, ils les remplacent.

    Ah... ce volontarisme basé sur le "toujours plus"...

    RépondreSupprimer
  5. On en revient toujours à cette notion de groupe, d'une seule entité, d'un peuple, d'un pays. Un concept que les occidentaux ont du mal à saisir le sens profond. Il y a du bon et du moins bon suivant la situation.

    RépondreSupprimer
  6. Les mascottes étaient en gare d'Omiya ! Le machin vert et l'espèce de renard avec des fleurs sur la tête. Sont quand même bien mimi.
    Pour le gambaro, globalement c'est quand même ouf. Et aux prix des légumes des zones sinistrées c'est presque tentant !

    RépondreSupprimer
  7. Du coup tu ne dois plus manger dans les restos ou dans les genres de fast-food japonais?
    véronique

    RépondreSupprimer
  8. OK, je crois que j'ai compris le principe, et du coup j'ai même élucidé le mystère des toilettes chauffantes !
    Monter les escaliers, c'est gambarô. Transgoutter à grosses pires, c'est gambarô. Allez se chauffer les fesses sur les toilettes, sans avoir le plaisir de trouver ENFIN un endroit frais où poser son c... 5 minutes dans la journée, c'est gambarô aussi !

    RépondreSupprimer